13 janvier 2008

A la porte !

2008 fait son entrée aux portes des bars et restaurants de France et de Navarre avec la première résolution du gouvernement. Il est désormais interdit de fumer au-delà de cette porte !

Comme les autres, Paris n’échappe pas à la loi avec ses milliers d’établissements où la convivialité commence très souvent avec une clope au bec et un petit blanc au comptoir.

Finie la clope qui vous donne prestance et contenance dans le monde que vous refaites avec vos amis, à 1 heure du matin, dans un troquet rue de Charonne.

Finie la clope entre le plat et le dessert pour patienter et recharger les accus de nicotine.

DEHORS !!!

Et voilà le paysage des rues parisiennes complètement métamorphosé. Les trottoirs sont à nouveau envahis devant les dits cafés, brasseries et restos par un amas de fumeurs invétérés. Et on y voit surtout des femmes. L’émancipation féminine est dans la rue.

Imaginez le quiproquo, rue St Denis. Toutes ces femmes sur le trottoir. Est-ce une cliente qui attend qu’elle ait fini de tirer sur sa clope avant d’entrer dans ce restaurant ou bien fume-t-elle une clope en attendant qu’un client vienne la tirer dans cet hôtel-restaurant ?

« Pardon, madame, c’est combien ? »

« Vous n’avez qu’à lire le menu sur la porte ! »

« ? … »

C’est une aubaine pour ces lieux où le plus souvent le brouillard ambiant troquait le Soupline à la lavande de nos fringues contre une odeur nauséabonde de tabac refroidi. Personne ne peut dire le contraire, pas même les fumeurs … enfin, ceux de bonne foi.

Mais pour autant il ne s’agit pas de leur fermer la porte, une fois dehors.

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GinjinhaC’est pourquoi l’idée de Manuel Da Costa de Nazaré, débarquant tout droit de Lisbonne est des plus intéressantes.

Place Cambronne, il a racheté le local du fleuriste pour y monter un troquet entièrement ouvert sur la place, sur le même principe que le célèbre « A Ginjinha » de la capitale portugaise, dans le Rossio, Largo do S. Domingos (photo ci-contre). Un comptoir derrière lequel sont alignées les bouteilles de la liqueur locale à base de cerise, des verres en plastiques de 4 cl, deux énormes poubelles sur la mini place, et voilà le lieu mythique lisboète qui voit défiler à sa porte toute la ville, les touristes comme les locaux. Des gens de passage, forcément !... sortant du boulot, attendant leur bus dans dix minutes, dans la rue voisine. Chacun boit son verre en deux gorgées, pour moins de un euro, tapant la discute avec le voisin que l’on finit par connaître, à force de passer devant et de s’y arrêter.

A Lisbonne, ces troquets pullulent. On les appelle des tascas ("Gargotes" d’après le dico). Très petits, bons marchés et populaires, souvent ils n’ont qu’un comptoir et pas de salle.

Manuel, derrière son comptoir, veut faire simple également. On est en France. Quelques bouteilles de vins bon marché, une tireuse à bière pour la moitié d’un demi, de la limonade, tout à deux euros. Bien placé, à la sortie du métro, entouré d’autres bars et restos, Manuel a vu juste. Les gens passent devant et s’arrêtent pour les mêmes raisons que les lisboètes, le temps que le bus ou un pote arrive. Mais depuis janvier, ils ont une raison de plus ... le temps d’une clope évidemment. Tous ces gens, mis à la porte au nom de la loi, dans les restos voisins pour assouvir leur vice quotidien, retrouvent chez Manuel la convivialité perdue, le temps d’un p’tit rouge ou un verre de bière tout en commentant l’actualité du moment avec un autre passant. Le tout, c’est de ne pas oublier de revenir là où on est attendu.

« Excusez-moi … Bonne soirée à vous ! »

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Manuel a appelé son affaire « A la porte » ... la porte du succès, sans doute, avec ce nouveau genre de "starter" qui prend le pas sur les bistrots à vins et autres bars où l'apéro était de mise avant de s'aventurer dans la nuit parisienne ... La cigarette est dans la rue manifestement et elle ne compte pas partir en fumée comme le voudrait l'état mais bien l'enfumer en consommant dehors et pour moins cher ... Grâce à Manuel et ceux qui prendront le pas .. le pas de sa porte !

Les fumeurs dans la rue se bousculent sur les trottoirs ... Curieux embouteillages qui ne sont pas sans rappeler les rues de Paris aux heures de pointes des autos qui fument ... Il est cinq heures, Paris s'éveille dans un épais brouillard ... Il ne reste plus qu'à pousser les automobilistes dehors et aux piétons fumeurs de prendre la place, dans de larges trottoirs et parvis sur lesquels les "Tascas parisiens" s'ouvriront chaque jour.

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Monsieur Delanoé, Paris piétons ... c'est pour quand ? ... ne bougez pas, j'ai les plans .. je l'ai rêvé !

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Posté par Parissurscene à 22:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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